Loi ZAN : objectifs et moyens de lutter contre l'artificialisation des sols

Marc Pilette
Par Marc Pilette - Mis à jour le 13/02/2026
3 min de lecture
Loi ZAN : objectifs et moyens de lutter contre l'artificialisation des sols

La loi ZAN découle de l’objectif fixé par la loi Climat et résilience. La France souhaite parvenir d’ici 2050 à “zéro artificialisation nette des sols”. La loi ZAN du 20 juillet 2023 renforce l’accompagnement des maires dans la mise en œuvre de cet objectif. C’est un processus complexe, nécessaire pour lutter contre le réchauffement climatique, mais qui impose une révision profonde de nos manières de construire, d’aménager, et d’habiter les territoires. Tout l’enjeu réside donc dans la manière de mobiliser les collectivités locales, avec les bons outils, pour réussir cette transition, sans créer de fractures territoriales.

L'essentiel à retenir
  • La loi ZAN (zéro artificialisation nette) est un des outils de lutte contre le réchauffement climatique. 
  • Elle vise à accompagner les élus locaux dans la mise en œuvre des objectifs édictés par la loi Climat et Résilience de 2021. 
  • La loi ZAN implique un changement des pratiques d’aménagement du territoire, alors que le besoin de logements reste pressant dans de nombreux territoires de France.  
  • Elle prolonge la durée de mise en vigueur des textes des régions et des communes et organise des spécificités en fonction des territoires. 
  • L’un des enjeux de la loi ZAN est de contrôler le prix des terrains constructibles, qu’elle rend plus rare.  

Qu’est-ce que la loi ZAN ? 

La loi n°2023-630 du 20 juillet 2023 vise à faciliter la mise en œuvre des objectifs de lutte contre l'artificialisation des sols et à renforcer l'accompagnement des élus locaux.

L’artificialisation des sols désigne la transformation d’un sol naturel, agricole ou forestier en surface urbaine (bâtiments, routes, parkings, zones commerciales...).

Pourquoi lutter contre l’artificialisation des sols ? 

L'artificialisation des sols contribue à leur imperméabilisation, à l’effondrement de la biodiversité, à la fragmentation des habitats naturels et au dérèglement climatique.

Les pouvoirs publics cherchent à réguler l’usage du foncier pour préserver les espaces naturels et agricoles. Cela signifie moins de permis de construire délivrés sur des terrains, un vrai dilemme pour les maires et pour les emprunteurs qui cherchent à faire construire leur maison

Intégration dans le cadre législatif 

La loi ZAN s’intègre dans un cadre législatif plus large, avec des passerelles vers :

  • la loi Climat et Résilience (loi n°2021-1104 du 22 août 2021), dont elle découle directement ; 
  • le Code de l’urbanisme, modifié pour intégrer les nouveaux indicateurs de consommation foncière ; 
  • la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, qui a inscrit l’objectif de réduire à zéro la perte nette de biodiversité ; 
  • la loi du 23 novembre 2018, dite loi ELAN, qui encourage les collectivités territoriales à développer des projets locaux d’intensification urbaine.
Bon à savoir

De nombreux décrets d'application en 2022 (pour la loi Climat et Résilience), puis en 2023 suite à la loi ZAN, rendent l'application des textes particulièrement complexe.

Contribution aux objectifs de développement durable internationaux

Depuis le sommet de Rio en 1992, les pays se dotent d’outils. La France a ainsi créé en 2003 la Stratégie nationale pour le développement durable (SNDD). La Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) la complète en 2004, et contient l’objectif “Zéro artificialisation nette”.

La loi ZAN s’aligne également avec les grands cadres internationaux :

  • l’Agenda 2030 de l’ONU et l’Objectif de développement durable ODD n°15 : vie terrestre) ; 
  • le Pacte vert européen (ou Green deal) ; 
  • la Stratégie européenne pour la biodiversité à l’horizon 2030.

Quels sont les objectifs de la loi Zan ? 

Objectifs principaux 

La ZAN repose sur un double objectif :

  • objectif de réduction de moitié la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers d’ici 2031 par rapport à la période 2011-2021 ; 
  • objectif zéro artificialisation nette en 2050, en compensant toute nouvelle artificialisation par une action de renaturation équivalente.

Objectifs intermédiaires

Pour atteindre ces objectifs, la loi fixe des étapes intermédiaires mesurables, notamment :

  • intégration dans les documents d’urbanisme : SRADDET (schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires), SCoT (schéma de cohérence territoriale), PLU (plan local d’urbanisme), cartes communales ; 
  • création d’indicateurs de suivi ; 
  • évaluation à chaque révision des documents de planification.

Enjeux écologiques et impacts socio-économiques

Les conséquences écologiques de l’artificialisation des sols entraînent une diminution des capacités d’infiltration des eaux pluviales, un déclin de la biodiversité notamment par la fragmentation des milieux naturels et une élévation des températures locales urbaines.

Toutefois, ceci est à compenser avec l’impact socio-économique important : 

  • une augmentation des coûts liés aux infrastructures et à la gestion des eaux ; 
  • une réduction de la surface agricole utile ; 
  • des tensions possibles entre la volonté de développer un territoire et celle de préserver l'environnement. 

Comment réduire l’artificialisation des sols ? 

Concrètement, la lutte contre l’artificialisation des sols prend plusieurs aspects pratiques. 

Renaturation des espaces

La renaturation devient un levier clé de la stratégie ZAN. Cela consiste à réhabiliter d’anciennes friches industrielles, à désimperméabiliser des parkings, ou à réintroduire de la nature en ville.

Les stratégies envisagées incluent une transformation de zones d’activités obsolètes en parcs urbains pour répondre aux besoins en termes de logement.

Des incitations financières pour la reconversion des terres en friche sont mises en place. 

Contribution à la préservation de la biodiversité

La loi ZAN agit comme un rempart contre l’érosion de la biodiversité. Elle prévoit des mesures spécifiques, comme par exemple :

  • l’identification et la protection des continuités écologiques ; 
  • la création d’indicateurs de biodiversité dans l’évaluation des projets ; 
  • l’incitation à intégrer la nature dans les projets urbains (par la végétalisation des murs ou des toitures). 

Mise en oeuvre locale de la loi ZAN

Pour atteindre ces objectifs, les collectivités locales ont besoin d’outils et d’accompagnement. En effet, les élus locaux font face à plusieurs problèmes comme la complexité des indicateurs ou le manque de données fiables sur l’artificialisation. En outre, ils se heurtent à des conflits avec certains habitants ou acteurs économiques. 

Dispositifs d’aide et d’accompagnement

La gouvernance repose sur une coordination entre :

  • l’État à travers notamment la Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL) et les préfectures ; 
  • les régions, qui déclinent les objectifs dans les SRADDET ; 
  • les communes et intercommunalités, qui ajustent les SCoT et PLU. 
Bon à savoir

Tenant compte des difficultés des régions et des communes, la loi ZAN a prolongé le délai de mise en conformité de documents ci-dessus

L’État a prévu plusieurs dispositifs de soutien pour accompagner les collectivités :

  • un fonds de soutien ; 
  • des aides à la reconversion de friches ; 
  • des formations pour les élus et les techniciens. 

Outils et ressources pour les collectivités locales

Les collectivités territoriales bénéficient de plusieurs outils pour conduire leurs missions comme des guides méthodologiques ou des simulateurs d’impact foncier.

Le succès de la loi ZAN passera obligatoirement par un dialogue renforcé entre les élus et les citoyens, ainsi que par de la pédagogie auprès des habitants sur les enjeux de la biodiversité. 

Lutte contre la spéculation foncière

La perspective d’une raréfaction du foncier constructible risque d’attiser la spéculation. En clair, les prix des terrains constructibles pourraient s’envoler…

Pour y répondre, la loi prévoit :

  • un encadrement des prix du foncier ; 
  • un renforcement du rôle des établissements publics fonciers ; 
  • des outils de veille foncière pour identifier les zones à enjeux. 

Critères de territorialisation des objectifs

Les spécificités territoriales (montagne, littoral, campagne) sont prises en compte grâce à des mécanismes d’ajustement. Ainsi, la loi ZAN prévoit une territorialisation différenciée des objectifs en fonction :

  • du niveau d’urbanisation actuel, 
  • du potentiel de renaturation, 
  • des contraintes économiques locales, 
  • des dynamiques démographiques. 

Spécificités pour les territoires d’outre-mer

Les départements d’outre-mer, confrontés à des enjeux singuliers (foncier limité, risques naturels, biodiversité exceptionnelle) bénéficient de régimes dérogatoires encadrés.

La loi prévoit :

  • des objectifs différenciés, 
  • des programmes pilotes de renaturation adaptés aux climats tropicaux, 
  • un accompagnement renforcé.

Spécificités pour les grands projets nationaux ou européens

L’un des enjeux majeurs est la compatibilité entre la loi ZAN et les grands projets d’infrastructures comme la ligne Lyon-Turin, les lignes de train à grande vitesse, le développement de nouvelles zones industrielles, etc.

La loi prévoit une gestion spécifique pour les projets d’intérêt national ou européen, comptabilisés à part, sous certaines conditions, pour ne pas pénaliser les efforts locaux.

Un dispositif de compensation interterritoriale permet aussi de répartir les impacts tout en respectant l’équité entre les territoires.

En conclusion, la loi ZAN est complexe et comporte de nombreux volets pour les collectivités locales. Sujet sensible et politique, elle pourrait faire l’objet de nouvelles mesures d’allègement ou de prolongation. 

Marc Pilette
Par Marc Pilette, Directeur marketing
Mis à jour le 13/02/2026 à 15:45
Marc a commencé sa carrière en 2007, se spécialisant dans le secteur bancaire et immobilier. Il a travaillé pour de grands groupes comme la Caisse d’Epargne ou Nexity, apportant son expertise sur ces domaines. Depuis 2017 chez CAFPI, Marc est directeur marketing. Il fait des contributions significatives en rédigeant sur des sujets tels que le crédit immobilier et le rachat de crédits. Au-delà d’apporter une expertise, ses écrits ont pour objectif d’aider nos lecteurs à naviguer dans ces domaines complexes. > Linkedin
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